
Ecrire un thriller quand on est francais est un premier handicap. Le thriller est un genre presqu?exclusivement anglo-saxon, même si les choses changent année après année. Ecrire une fiction sur
le poker est un deuxième handicap. J?en ai déjà dit un mot quand j?ai parlé du livre de Jean-Sébastien Hongre.
Une Partie en Enfer réduit à néant ces deux handicaps. Etant moi-même amateur de Stephen King, de Michael Crichton et de John Grisham, j?y ai retrouvé cette ambiance
oppressive qui sied si bien aux adaptations cinéma. D?ailleurs je ne doute pas qu?une adaptation pour le grand écran d?Une Partie en Enfer se fasse un jour. Simplement, il va falloir y
mettre les moyens : tourner à Nassau, Paris, Las Vegas, Londres, Boston entre autres, et filmer plusieurs scènes de foules en furie. On ne parle évidemment pas des scènes de cascade, comme les
poursuites noctures dans Hyde Park ou les immanquables scènes de castagne, autant en intérieur qu'en extérieur.
Un soda qui rend accro au jeu
Maintenant un apercu de l?histoire. Imaginez qu?un grand groupe international cherche à redynamiser ses ventes et
trouve le poker en ligne pour ce faire. Imaginez qu?il trafique un soda pour en faire la boisson du joueur de poker, avec un additif spécial pour le rendre accro (au poker, pas au soda). Imaginez
que ledit groupe fasse pression sur des politiques haut placés pour accélérer la légalisation du poker en ligne (tiens tiens?). Vous aurez les principaux ingrédients d?Une Partie en
Enfer, auxquels vous aurez pris soin de joindre une pincée des habituels grains de sable dans la mécanique qui font les bons thrillers : le type à la bonne conscience, le type qui veut se
faire mousser, le type qui se trouvait là par hasard, la fille amoureuse du type qui se trouvait là par hasard? et bien d?autres turlupinades dont, bien sûr, l?incident que personne n?avait
prévu, le code qu'un clampin décrypte et les symboles cabalistiques.
Comme tous les bons thrillers, celui-là a la particularité de vous faire tourner la page quand vous arrivez en bas à droite. Essayez donc de lutter, avec Une Partie en Enfer il sera
quasiment impossible de ne pas tourner cette fichue page pour connaître la suite.
Bref, j?ai passé quatre heures délicieuses à dévorer ces 341 pages qu'on tourne contre son gré, avec un seul regret : celui de ne pas en avoir 341 autres à me mettre sous la dent. Mais je ne
doute pas que le duo de choc Florian Lafani / Gautier Renault abatte son jeu dans d'autres parties aussi palpitantes.
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Une Partie en Enfer, par Florian Lafani et Gautier Renault, First Editions, 341 pages, 19,90
euros.